...Seulement il lui était désagréable, parfois, de ne pas pouvoir marcher sur la tête.

Exposition d'Anaëlle Vanel à la Lanterne - Février 2016 - Mende.

 

    Pour titrer l’exposition de ses photographies et textes récents à la Lanterne, Anaëlle Vanel a choisi ces mots : une citation*. La phrase fait fortement image et, qui plus est, commence par trois points de suspension, introduisant un travail où la notion de récit s'interroge dans les écritures déployées par l'artiste.

 

     Si ce travail est essentiellement photographique, il ne s'agit en effet jamais seulement d'image ou, du moins, l'expérience de celle-ci ne se convoque jamais à l'exclusion d'autres, moins visibles, qui l'accompagnent, la sous-tendent, lui succèdent. De l'investigation silencieuse des pages aux déplacements, de la matérialité des faits aux univers intérieurs, les territoires abordés se chevauchent, s'interpénètrent, se troublent.

 

     L' expérience de la rencontre qui se déploie dans le travail de l’artiste, dans sa mise en mouvement vers le monde, son ouverture aux lieux, aux traces, aux épiphénomènes, cette expérience ne se matérialiserait peut-être que le temps d'une image, possible réponse aux actes d’écriture, d'expression, d'engagements passés. Réponse fragile,  écriture d'un instant se refermant pour renvoyer vers d'autres mots, d'autres mondes; écriture non assujettie à la fin d'un récit : la poésie n'a pas de fin.

   

   Jamais définitive, jamais preuve, ni document ni fiction et se jouant habilement de ces catégories, les photographies d’Anaëlle Vanel nous rappellent que nous n’arrivons jamais neutres devant l’image, ne sommes jamais dépourvus d’un potentiel, d’une histoire, d’expériences préalables qui l’investissent, la chargent, pour mieux l’habiter et mieux repartir vers le monde. Le relire.

   

   La relecture comme principe d’interprétation toujours renouvelé : de notre histoire commune, des vies particulières de femmes et d’hommes engagés dans le réel et dans leurs temps, souvent contraints, jamais vaincus. Et de nous-même, à l’aune de leurs voix, de leurs combats. Mais aussi de leurs folies, comme premiers médiateurs de ces temps contemporains où il ne faut certes pas oublier, parfois, de marcher nous aussi sur la tête...

   

*Lenz, Georg Büchner, 1835